20/02/2026
LA LARME DE SIMONE
Il y a quelques jours, Simone est entrée au cabinet.
Du haut de ses 85 printemps, le regard bleu pétillant, le rire facile, elle est porteuse d’un dynamisme presque déroutant. (J’aimerais sincèrement avoir son énergie dans trente ans)
Elle vient pour des douleurs lombaires.
Le diagnostic médical est sans appel : scoliose, arthrose et canal lombaire rétréci.
Des années que cela dure. Des années d’examens, de traitements, d’essais… sans véritable soulagement. « C’est comme ça, ma p’tite dame… il faut vous y faire… c’est l’âge. »
Alors la douleur s’installe. Elle grignote les déplacements, les sorties, les envies. Moins on bouge, plus le corps se fige.
Effet papillon : moins d’exercice, un peu plus de poids… et davantage de contraintes encore.
Et pourtant…
Sa tête est vive, son humour intact, ses envies sont toujours présentes à son esprit.
Elle s’assied sur le tabouret.
Je pose les mains.
Cinq minutes, peut-être dix.
Je lui propose ensuite de se lever pour poursuivre le soin sur la table.
Et là… une larme coule, silencieuse.
Elle me regarde, surprise, presque incrédule. La douleur est partie. Comment est-ce possible ?
Ces moments-là restent incroyables. Je ne m’y habitue toujours pas. Et ils arrivent de plus en plus souvent.
Je ne sais jamais ce que le temps en fera.
Mais ce jour-là, le corps nous a montré qu’il savait encore se libérer, qu’il était prêt à répondre, simplement, quand on lui en laisse l’espace.
C’est pour cela que je me sens profondément chanceux d’exercer ce métier et que chaque matin, je viens ouvrir la porte du cabinet avec tant de plaisir.
Christophe Rebours
www.aimerguerir.com