24/07/2022
Ce sourire ne savait rien ! Uniquement la partie visible de l'iceberg. 3 semaines de vie de mère et je pensais que la tornade serait infime et passagère sur le parcours bien tracé. Sortir un humain de son corps ce n'est pas rien, mais j'allais me réparer, j'allais oublier, j'allais me retrouver...
Que ce marathon est long, chaque mois, chaque étape, une adaptation de plus. Flexibles à outrance, funambules permanents, équilibristes manchots...
Je n’étais plus la même, dans un monde totalement pareil, albatros sans repères rassurants, c'était destabilisant sans pause. Tout me questionnait. Ses positions, ses fluides, sa température, ses acquisitions, sa respiration !! Sa respiration... Que je scrutais chaque fois qu'elle dormait, alors que je mettais plus de temps à l'endormir que la durée du dit sommeil.
C'était comme être dans un tunnel sombre à sens rapide, unique, et que même si j'avais pu, j'étais déjà bien trop attachée à elle pour la perdre et reculer. La fuite c'était la trahison, et elle avait marqué ma peau.
La perdre .... La peur ultime, cette angoissante constante de me faire usurper ma nouvelle identité. La mère, qui est prise entre l'élan de se débattre avec le constat et l'espoir que l'équilibre est à quelques pas.
Cet espoir qui ne sait pas ce que signifie le reflux, les coliques, les dents, la fièvre, la fatigue, les pleurs de décharge, les choix éducatifs, la séparation, les chutes, le mal de dos, le mal de seins, le mal des autres, la solitude gigantesque ... Le mal, sur tout le parcours avec comme acolyte l'inconfort qui est devenu ma vie toute entière.
Ne plus trouver aucune position douce pour le corps et l'âme, parce que le petit humain est le Graal et qu'à ce moment précis, s'il est au calme, on signe pour le contortionnisme pour éviter que le cerveau encore fasse des pirouettes en guise de détective des besoins. La paix... Celle perdue à tout jamais, le jour du premier cri. Plus jamais cette insouciance ne reviendra, et c'est exactement contre cette réalisation qu'on lutte, en permanence. On achète cette paix à petite dose, pour avoir des semblants de. On négocie serré pour l'illusion, mais, la réalité est criante, notre plus solide structure est l'inquiétude ... Parfois avant l'amour même et les souvenirs. Pourtant, une expérience hors norme qui nous tient en haleine, fabriquer un humain, ce n'est pas banal. Devenir l'île de réconfort est aussi drainant que puissant. Et là réside toute la complexité, l'inexplicable, l'indescriptible. Dans la même journée le pire et le meilleur, l'enfer et le paradis, les larmes, l'extase. Les rires, les vagues, encore et toujours, avec lesquelles on apprend à naviguer dans l'à peu près...