01/04/2026
We never know what we pass on
On Saturday evening, meeting Louis, a young professor freshly graduated from Cambridge, and Marta, a brilliant English student of sixteenth and seventeenth centuries French literature, turned into a beautiful surprise: a conversation where the books, authors and sentences that accompany us quite naturally found their way to the table.
As we talked, each of us brought in our readings, our questions, our moments of wonder, and it became clear how much thought feeds on those moments when it is shared with others.
It was Louis who, at some point in the conversation, wanted to bring back a quotation. It slipped away from him a little, could be approached but not completely grasped, and that is precisely what moved me. What escaped in the quotation, rather than a mechanical recitation, opened up a real space for questioning the place of words in what we call “thinking”.
All the more so since it was:“It is in words that we think.” Hegel.
This sentence kept working in me after the evening, as an echo of what we had just experienced: a thought woven in dialogue, clarified in spoken exchange, shifting as words circulate between us. In searching with Louis for Hegel’s exact wording, we were in fact experiencing this idea: words do not merely express thought, they bring it into being, with all their hesitations, approximations and unexpected findings.
It is from this attempt at an “almost” recovered quotation, and from the joy of that evening, that the desire to write these few lines emerged today.
Samedi soir, la rencontre avec Louis, jeune professeur fraîchement diplômé de Cambridge, et Marta, brillante étudiante anglaise, en littérature française des XVIᵉ et XVII siècle, a pris la forme d’une magnifique surprise : celle d’une conversation où les livres, les auteurs et les phrases qui nous accompagnent se sont invités à la table.
Au fil de l’échange, chacun faisait circuler ses lectures, ses questions, ses émerveillements, et l’on sentait combien la pensée se nourrit de ces moments où elle se partage à plusieurs.
C’est Louis qui, au détour d’une discussion, a voulu faire revenir une citation Elle lui échappait un peu, se laissait approcher sans se laisser tout à fait saisir, et c’est précisément ce qui m’a touchée.
Ce qui échappe , plutôt que de la réciter mécaniquement, a ouvert un véritable espace de questionnement sur la place des mots dans ce que nous appelons « penser ».
D’autant qu’il s’agissait :
« C’est dans les mots que nous pensons. » de Hegel.
Cette phrase a continué de travailler en moi après la soirée, comme un écho à ce que nous venions de vivre : une pensée qui se tisse dans le dialogue, qui se précise dans la parole échangée, qui se déplace à mesure que les mots circulent entre nous.
En cherchant, avec Louis, les mots d’Hegel, nous faisions l’expérience même de cette idée : les mots ne se contentent pas d’exprimer la pensée, ils la font advenir, avec leurs hésitations, leurs approximations et leurs trouvailles.
C’est à partir de cette tentative de citation « presque » retrouvée, et de cette soirée faite de joie qu’est née aujourd’hui l’envie d’écrire ces quelques lignes.
Philosophie de l’esprit, tome III de l’Encyclopédie) Hegel