21/05/2026
« Pour vous guérir de votre abattement, on vous propose des stages de pleine conscience, des cours de yoga et de méditation....
Cette fois, non pas en vue de booster vos compétences, mais pour le bien de votre santé mentale, pour votre épanouissement, pour que vous soyez heureux.
Nous pourrions discuter du bien-fondé de ce commandement au bonheur.
Il n'est après tout pas certain qu'il doive s'imposer comme le but ultime de l'existence de chacun.
Mais le problème est ailleurs.
On nous prescrit d'atteindre un état intérieur par nous-mêmes grâce à la méditation, l'introspection, à des thérapies de purification spirituelle, etc.
Une diversité de techniques nous est proposée pour parvenir à cette plénitude, en dépit de l'ensemble des conditions extérieures qui pourraient impacter notre état émotionnel.
En somme, il s'agit de renouer avec une version new age du stoïcisme antique : ce qui ne dépend pas de moi ne doit pas m'atteindre.
C'est la leçon d'Épictète, philosophe stoïcien du Ier siècle, qui se vit, jeune esclave, puni pour une faute.
Son maître plaça sa jambe dans un etau et serra.
Épictète le prévint, sans protester, que, s'il conti-nuait, il allait lui briser la jambe. Le maître poursuivit et, brutalement, l'os céda dans un craquement.
Épictète se contenta de dire avec calme : « Je t'avais bien prévenu que tu allais la casser. »
Tout comme Epictète, il nous faudrait accepter notre sort avec philosophie et, contre vents et marées, maintenir notre calme et affronter la vie le sourire aux lèvres.
Le développement personnel nous dit : « Tu es seul responsable de ton bonheur. »
De la même façon, il utilise le concept de méritocratie pour nous dire : « Tu es seul responsable de ta réussite. »
L'ascenseur social se grippe depuis des années, mais la méritocratie se base sur le principe du biais du survivant et fonctionne comme un casino : la majorité des joueurs perd, mais on brandit les quelques vainqueurs, les survivants, comme autant d'exemples à suivre.
On les incite ainsi à mettre leur énergie au service de leur réussite - une bonne chose -, mais en occultant que la partie se joue parfois avec des dés pipés - ce qui augmente la culpabilisation en cas d'échec.
Or nous avons plus de chances de réussir si nous agissons en ayant conscience des multiples obstacles à franchir plutôt qu'en ne croyant qu'en notre seul effort personnel.
Finalement, le développement personnel utilise ce concept de méritocratie comme il utilise l'injonction au bonheur, pour dire à chacun : « Peu importent les conditions extérieures, si tu veux, tu peux.»
Or, ce pouvoir de l'individu et de son cerveau, le développement personnel et beaucoup de discours ayant un vernis neuroscientifique en donnent une vision réductrice et parfois même fallacieuse.
Certaines oppositions comme raison ou émotion, certains raccourcis sur notre supposée compréhension de la conscience nous trompent plus qu'ils ne nous éclairent. »
🙏Albert Moukheiber in « Neuromania - le vrai du faux sur votre cerveau »🙏
En voilà un autre que j’aime à écouter et, en l’occurrence, à lire.
Particulièrement quand il est question des injonctions de la positivité toxique qui sévit dans une grande partie du développement personnel et spirituel.
Et comme il est bon, de ramener l’église au centre du village pour revenir à la réalité de la vie qui n’est concrètement ni binaire, ni unilatérale et où, qu’on le veuille ou non, manifeste une interdépendance des êtres, des choses et du monde, sans même parler des « mystères » qu’elle recèle également.
Chapeau bas, cher Albert, 👏👏👏j’applaudis vigoureusement ce que vous exprimez car cela suffit d’entendre et de subir les injonctions de certains, clamées comme des vérités absolues pour tous et des pseudos recettes miracles qui marchent à tous les coups à force de…
Certains et c’est effrayant de le voir de ses propres yeux, en arrivent parfois à devenir pires que ce contre quoi ils combattent (voir le film « Gourou », même si le titre est mal choisi quand on sait ce qu’est un vrai gourou à l’origine et l’exemple extrémiste) à se déshumaniser à force de vouloir être obsessionnellement heureux, joyeux, lisse, performant et tutti quanti, tout en se sentant supérieurs à ceux qui n’y arrivent pas malgré tous leurs efforts (et bien sûr par leur faute pendant qu’on y est).
Il est extrêmement essentiel d’entendre ceci : PARFOIS, C’EST LE SYSTÈME ET L’ENVIRONNEMENT QUI NOUS RENDENT MALADES ET MALHEUREUX, SANS QU’IL N’Y AIT DE SOLUTION IDÉALE.
J’ai bien hâte de poursuivre cette lecture🤩
Laurence Sargenton