19/03/2026
Natanya, dix-huitième jour de guerre contre l’Iran. 17H30.
En cette fin de journée, je me trouvais dans une aire de sport aménagée, comme il en existe un peu partout en Israël. On en trouve dans les jardins publics, les parcs, parfois en bord de plage. Elles sont hautement fréquentées. J’aime m’y rendre, et je m’amuse à dire que je fréquente les barres en fin de journée pour y consommer des étirements, des suspensions, des tractions pour parvenir à cette étrange ivresse légère que procure l’effort corporel.
Nous étions deux, parfois trois anonymes à nous exercer. Au bout d’une heure, l’alerte préventive annonçant des tirs de missiles retentit sur mon téléphone, comme sur ceux de la quasi-totalité de la population israélienne. Je savais qu’il me restait encore une dizaine de minutes avant qu’une éventuelle alerte locale ne se déclenche. J’ignorais où se trouvait l’abri le plus proche, mais je ne m’en préoccupais nullement, sachant intérieurement que, le moment venu, je pourrais courir et trouver où m’abriter. Autour de moi, personne ne semblait véritablement inquiet. Chacun poursuivait ses exercices comme si l’alerte n’avait pas retenti, comme si la vie était normale.
Et, d’une certaine manière, la vie était normale.
À environ deux cents mètres, quelques jeunes mères étaient assises avec leurs enfants ; certaines étaient munies de poussettes avec un bébé à l’intérieur. L’atmosphère ne s’était pas défaite. Les enfants continuaient à jouer. L’alerte préventive, pourtant bien réelle, n’avait provoqué aucun mouvement de foule vers le « miklat », cet abri que les Israéliens fréquentent hautement en ces jours mouvementés, comme une pièce presque ordinaire du paysage.
Puis l’alerte de la ville finit par retentir. Cela signifiait que nous entrions dans la fenêtre d’impact possible pour la zone où nous nous trouvions. C’était comme une sommation à rejoindre l’abri, pour qui veut se sauvegarder dans son être. À quelques mètres de moi, une jeune fille appelait calmement les passants à entrer dans un local voisin, dont le miklat avait été ouvert aux personnes de passage. Je m’y rendis sans précipitation. Quant à celui qui s’exerçait non loin de moi continuait ses mouvements, écouteurs aux oreilles, presque imperturbable, sans intention visible d’aller se protéger.
Ce théâtre pourrait paraître insolite, presque insensé. On pourrait penser qu’un tel homme est fou. Pourtant, pour beaucoup d’Israéliens, ce mode de vie n’a plus rien d’extraordinaire. En tout cas, plus depuis le 7 octobre 2023. Quant aux habitants du sud et du nord du pays, ils étaient familiers de cette réalité depuis des décennies. Lire la suite
Israël reste haut dans le classement du bonheur malgré la guerre : un cas de résilience, un sens de la vie, du lien social et du tragique.