17/04/2026
Tazria et Metzora 5786
Roch hodech
Raphaël Rosner
L'Équilibre : Entre les Plaies du Corps et le Poids de l'Âme
Dans le livre du Lévitique dans la section Tazria (Chapitre 13, 1-2), il est dit :
"L'Éternel parla à Moïse et à Aaron, en disant : Lorsqu'un homme aura sur la peau de son corps une tumeur, une dartre ou une tache blanche, et qu'elle deviendra sur la peau de son corps une plaie de lèpre, on l'amènera à Aaron, le sacrificateur, ou à l'un de ses fils, les sacrificateurs."
D'après les commentateurs et selon le traité Nega'im, les mots « Séét » (tumeur) et « Sapahat » (dartre) sont des noms de types de taches (plaies) apparaissant sur la peau. Chacun d'eux représente une nuance différente de blanc, et ils se distinguent par leur niveau de blancheur. « Bahéret » signifie une tache très claire, et Rachi s'aide du mot en vieux français (Tache) pour l'expliquer.
En réalité, de nos jours, nous n'avons pas la possibilité d'identifier ces maladies de manière certaine. La lèpre biblique n'est pas la maladie appelée "lèpre" aujourd'hui (maladie de Hansen), qui est une maladie infectieuse grave causée par une bactérie. Celle-ci n'est probablement arrivée au Moyen-Orient qu'à l'époque du Second Temple. Lorsque la Bible a été traduite en grec ("la Septante"), le mot Tsara'at a été traduit par le mot grec Lepra. À cette époque, "Lepra" désignait des maladies de peau squameuses (comme le psoriasis), mais au fil des années, le nom est resté attaché à la grave maladie de Hansen, créant ainsi l'identification erronée entre la Tsara'at de la Torah et la maladie moderne.
À l'Institut Schlesinger pour la recherche médicale selon la Torah (considéré comme une autorité de premier plan dans l'intégration de la Halakha et de la médecine), on explique que la lèpre biblique est une description de symptômes externes pouvant correspondre à diverses maladies de peau (telles que le vitiligo, le psoriasis ou des mycoses cutanées), mais leur point commun n'est pas biologique, mais halakhique. Un point central de l'Institut Schlesinger est le diagnostic selon lequel la plaie n'est pas purement médicale : la lèpre était perçue comme l'expression physique d'un problème spirituel (comme la médisance, le Lachon Hara). Selon les Sages (Hazal), il s'agit d'une punition infligée à l'homme pour certaines transgressions.
Le Midrash s'intéresse au sujet et relie notre verset à un autre verset du livre de Job (28, 25) :
"Quand il réglait le poids du vent, et qu'il mesurait les eaux avec une mesure."
En d'autres termes, tout comme le Créateur a fixé le poids du vent et calibré l'étendue des eaux avec une précision absolue, la Torah détaille diverses formes de plaies (Séet, Sapahat, Bahéret). Or, l'œil humain n'est pas toujours en mesure de distinguer aisément une plaie déclarée « tsara’at » (impure) d'une autre plaie (pure). Sur cela, le Midrash commente (Vayikra Rabba 15, 1) :
"Rabbi Huna a dit : En trois lieux, le vent est sorti sans poids et il était sur le point de détruire le monde, et ce sont: une fois aux jours de Job, une fois aux jours de Jonas, et une fois aux jours d'Élie."
Selon Rav Huna, dans ces trois cas, le vent est sorti avec une puissance déchaînée (sans "poids" ni mesure), qui aurait pu anéantir le monde entier. Le Midrash apporte des preuves pour démontrer que le vent a frappé avec force durant la vie de ces trois personnages. Le Midrash ajoute que tout ce qui existe dans le monde est donné avec mesur pour permettre l'existence de la création, comme l'eau et même l'Esprit Saint (Rouah HaKodesh) qui a été donné avec économie. La Torah elle-même est acquise par l'homme avec mesure, et le caractère de l'homme est également donné avec mesure, comme il est dit (Vayikra Rabba 15, 2) :
"Dans l'usage du monde, les créatures disent : un tel a l'esprit excessif (Rouho Yetera), un tel a l'esprit court (Rouho Ktsara), un tel a l'esprit infime (Katikaton)."
Cette déclaration du Midrash décrit la différence entre les caractères des gens : il y a celui qui a un excès de confiance en soi ou de l'arrogance ("l'esprit excessif"), celui qui est impatient ou enclin à la colère ("l'esprit court"), et celui dont l'esprit est particulièrement petit et humble ("l'esprit infime").
Le Midrash poursuit et clarifie :
"L'homme a été pesé, moitié eau et moitié sang ; lorsqu'il est méritant, l'eau ne l'emporte pas sur le sang et le sang ne l'emporte pas sur l'eau. Mais lorsqu'il pèche, il arrive que l'eau l'emporte sur le sang et il devient Adripikos (terme talmudique issu du grec Hydrops décrivant une accumulation de fluides, ce que nous appelons aujourd'hui un œdème ou une hydropisie), et il arrive que le sang l'emporte sur l'eau et il devient lépreux, c'est ce qui est écrit : Adam (Homme), ou Dam (Sang)."
Le Midrash enseigne que l'homme est composé de moitié d'eau et de moitié de sang. Lorsqu'il est dans un état équilibré et digne ("méritant"), l'eau ne prend pas le dessus sur le sang et le sang ne prend pas le dessus sur l'eau. Mais lorsqu'il pèche (et sort de l'équilibre), parfois l'eau l'emporte sur le sang et il tombe malade de l'hydropisie, et parfois le sang l'emporte sur l'eau et il devient lépreux. C'est ce qui est dit : "Adam" – ou "Dam" (le nom Adam contient en lui le mot Dam - sang, ce qui indique cet équilibre délicat).
Le Midrash ne vient pas déclarer que toute la création est équilibrée d'elle-même, mais qu'une possibilité d'équilibre existe. Dans le monde juif, la création n'est pas perçue comme statique, mais comme une tension constante entre des forces opposées qui ont besoin d'un contrepoids pour ne pas s'effondrer. La tension entre la Rigueur (Din) et la Miséricorde (Rahamim) caractérise la créature, comme il est dit (Berechit Rabba 12, 15) :
"Le Saint, béni soit-Il, a dit : Si Je crée le monde avec la mesure de la Miséricorde, les fautes seront nombreuses. Avec la mesure de la Rigueur, comment le monde pourra-t-il subsister ? Mais voici, Je le crée avec la mesure de la Rigueur et la mesure de la Miséricorde, et puisse-t-il ainsi subsister."
C'est-à-dire que le Créateur a dit : si Je crée le monde uniquement avec la Miséricorde, les fautes seront trop nombreuses (peut-être par manque de crainte de la punition). Si Je le crée uniquement avec la Rigueur, comment le monde pourra-t-il exister ? (car personne ne pourra tenir face à des standards si stricts). Par conséquent, Je le crée en combinant la Rigueur et la Miséricorde, en espérant que le monde réussira ainsi à subsister. La création repose sur leur combinaison : la Rigueur donne au monde l'ordre et la structure (les lois de la nature), et la Miséricorde lui donne la possibilité de changer, de pardonner et de se renouveler.
La dynamique kabbalistique est fondée sur la dialectique entre la Lumière Infinie (Or Ein Sof), représentant le potentiel d'expansion illimité, et les Vases (Kelim), receptacles qui constituent l'infrastructure formelle et matérielle de la réalité. Si la lumière est trop forte, le vase se brise ; si le vase est trop épais, la lumière ne parvient pas. L'équilibre est l'état qui permet la vie au sein de la limitation.
Le judaïsme voit dans la création une union des contraires. Les "Cieux" représentent la spiritualité abstraite, et la "Terre" la matérialité pesante. L'équilibre n'est pas l'annulation de l'un d'eux, mais la création d'une synthèse. L'homme est considéré comme un "microcosme" de la création car il est composé d'une âme (cieux) et d'un corps (terre), et son rôle est de les équilibrer par l'acte moral. C'est aussi ce que soutient Maïmonide (Maimonide, Hilkhot De'ot, Chapitre 1) :
"[2] Entre chaque trait de caractère et le trait opposé à l'autre extrémité, il existe des dispositions intermédiaires... [3] Les deux extrémités éloignées l'une de l'autre pour chaque trait ne sont pas une bonne voie ; il ne convient pas à l'homme de les suivre... S'il trouve que sa nature penche vers l'une d'elles... il doit revenir vers le bien et suivre la voie des bons, qui est la voie droite. [4] La voie droite est la mesure médiane de chaque trait de caractère... C'est pourquoi les premiers Sages ont ordonné que l'homme évalue toujours ses traits de caractère, les mesure et les dirige vers la voie médiane, afin d'être intègre (complet)."
Maïmonide explique qu'entre deux traits de caractère extrêmes et éloignés, il existe des traits intermédiaires. L'homme acquiert ces traits de plusieurs manières : certains sont ancrés en lui dès sa naissance selon la nature de son corps ; d'autres sont ceux que sa nature tend à accepter plus facilement et plus rapidement que d'autres ; et certains n'existent pas en lui de naissance, mais il les a appris des autres ou a décidé de les adopter de lui-même — soit parce qu'il y a pensé seul, soit parce qu'il a entendu que c'était une conduite bénéfique pour lui, et il s'y est habitué jusqu'à ce qu'elles deviennent une seconde nature.
Les deux extrémités éloignées de chaque trait ne sont pas une bonne voie, et il n'est pas convenable pour l'homme d'agir selon elles ou de s'apprendre à les adopter. Et si un homme constate que sa nature penche vers l'une des extrémités, ou qu'il a déjà pris l'habitude d'agir ainsi, il doit se corriger et suivre la voie des bons, qui est la voie droite. La voie droite est la "voie du juste milieu" dans chaque trait de caractère de l'homme. C'est le point situé à égale distance des deux extrémités, sans être trop proche de l'une ou de l'autre. C'est pourquoi les premiers Sages ont ordonné que l'homme examine toujours ses traits, les pèse et les dirige vers le juste milieu, afin d'être un homme complet (Chalem).
Dans le monde juif, à l'instar d'autres cultures, on recherche l'équilibre (la voie droite) entre toutes les forces de l'univers : entre la Rigueur et la Miséricorde, entre l'esprit et la matière, entre le masculin et le féminin, et entre les contraires — l'équilibre entre tous les composants de la nature. Dans le contexte juif, la différence entre l'équilibre et l'égalité revêt une signification profonde, car la pensée juive tend à préférer l'harmonie entre les contraires plutôt qu'une uniformité absolue. Dans le judaïsme, la paix (Chalom) n'est pas un état où tout le monde est identique (égalité), mais un état où les contraires réussissent à vivre ensemble en harmonie. Le mot « Chalom » (Paix) est lié au mot « Chlemout » (Plénitude/Perfection) — la plénitude est précisément atteinte lorsque différentes parties s'équilibrent mutuellement. Comme il est dit : "Il fait la paix dans ses hauteurs" — entre les anges de feu et les anges d'eau, qui ne sont pas égaux par nature mais équilibrés dans leur fonction.
L'équilibre n'est pas l'égalité, mais une interaction harmonieuse entre les extrémités.
Shabbat Shaol vehodesh tov