09/05/2020
Faut-il requalifier Covid-19 ?
Pour le professeur Frank Ruschitzka, directeur de la clinique de cardiologie de l'Hôpital universitaire de Zurich, il faudrait donc requalifier la maladie et ne plus se focaliser sur l'aspect pulmonaire, puisqu'en réalité elle atteint tous les organes : “Grâce à cette étude, nous avons pu apporter la preuve de notre hypothèse selon laquelle Covid-19 ne touche pas seulement le poumon, mais peut toucher les vaisseaux de tous les organes. Covid-19 est une inflammation vasculaire systémique, nous devrions désormais spécifier son tableau clinique en le désignant comme Covid-Endothélite ".
Il en déduit des indications thérapeutiques concernant en premier lieu les patients présentant des antécédents de maladies du système circulatoire, soulignant la nécessité de “freiner la multiplication des virus dans la phase la plus active et en même temps de protéger et stabiliser le système vasculaire des patients”.
Le directeur de la Clinique d'angiologie de l'Hôpital universitaire de Zurich, Nils Kucher, explique également à la Frankfurter Allgemeine Zeitung le rôle joué par l'endothélium dans le processus de la coagulation. L'inflammation provoque en effet la libération d'un grand nombre de facteurs de coagulation, qui font partie intégrante de la réaction habituelle du système immunitaire. Mais ces facteurs de coagulation conduisent cependant également à la formation de caillots et de thrombus dans les vaisseaux. Ces caillots peuvent ensuite être amenés dans le poumon et y boucher les artères, provoquant une embolie pulmonaire. L'angiologue a effectivement constaté chez ses patients atteints de Covid-19 une grande fréquence de ces embolies, d'autant plus surprenante dans le cas d'une infection. Avec des collègues milanais, il a alors procédé à l'analyse des données de 388 malades italiens, dont les résultats ont été publiés dans Thrombosis Research. La présence de thrombus a été détectée chez un tiers de ces patients. À Hambourg, le pathologiste Klaus Püschel a également trouvé un nombre inhabituel de thromboses et d'embolies pulmonaires lors de ses autopsies. Estimant que “nous avons trop tardé à reconnaître que les thromboses et embolies pulmonaires jouent un grand rôle dans Covid-19”, Nils Kucher vient de lancer en urgence une étude réunissant les cinq hôpitaux universitaires de Suisse, dans le but de vérifier si les anticoagulants peuvent protéger de ces caillots mortels, puis de préciser la dose exacte à prescrire en soins intensifs. Les premiers résultats sont prévus à l'automne ; les médecins suisses espèrent ainsi être mieux parés face à une éventuelle deuxième vague.