26/04/2026
Ce texte est de Marie Robert...
Ceci est un doudou. Cette semaine, j’ai écouté l’histoire d’une jeune femme qui lorsqu’elle était enfant avait dû fuir son pays en guerre. En partant, elle avait emporté avec elle son doudou, un petit « Tigrou » qu’on peut facilement glisser dans une poche. Aux fils des ans et de son intégration en France, cette petite peluche est devenue un totem, la trace concrète de son passé, de son histoire, de son exil. Un soir, alors qu’elle était devenue étudiante et révisait le barreau pour devenir avocate, elle l’a égaré. En s’en apercevant, son cœur s’est brisé, le genre de déchirement qui semble absurde aux yeux d’autrui, mais qui vient nous faire sangloter et qui nous serre les tripes. Elle s’est alors donnée pour mission de le retrouver, postant sur les réseaux sociaux, déposant des annonces dans toute la ville, promettant une récompense…autant de tentatives désespérées. Et puis un jour, un coup de fil, enfin, et une photo de son Tigrou adoré. Une femme, qui elle aussi avait quitté son pays enfant, l’avait retrouvé sur le banc d’un arrêt de bus, elle l’avait lavé et conservé. Leur rencontre fut le début d’une profonde amitié. En entendant ce récit, je me suis dit qu’il contenait tout ce dont le monde manque trop souvent. Cette douceur qui répare. Cette compréhension de ce qui compte pour l’autre. Ce dialogue des cœurs. Cette complicité féconde. Ces gestes infimes qui nous laissent croire en la bonté. Voilà de quoi j’ai besoin pour me lever le matin, et sans trop m’avancer, voilà je crois, de quoi a besoin de notre société : qu’on nous raconte des histoires qui nous interdisent désespérer. Il y a en des centaines mais elles se cachent sous les immondices, sous le bruit, sous les déviances, sous la folie. Je n’ai pas envie d’être naïve, je n’ai pas envie qu’on me cache la vérité mais j’aime observer l’état dans lequel on se trouve après avoir entendu quelque chose de beau : on n’a qu’une envie, participer à tout cela, apporter une pierre, donner de notre présence, de notre conscience. Je vous souhaite de retrouver votre Tigrou et la chance, un jour, de rencontrer la personne qui l'a gardé au chaud pour vous.