16/04/2024
Durée optimale et type d’activité physique pour améliorer l’équilibre
glycémique chez les personnes atteintes de diabète de type 2 : r***e
systématique et méta-analyse
par Florian Mourre
L’activité physique permet une diminution de la mortalité, de la morbidité et
l’amélioration de paramètres cliniques et biologiques tels que l’hémoglobine glyquée
(HbA1c). Des sociétés savantes ou d’autres institutions comme l’OMS recommandent la
pratique d’au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée ou de 75 minutes
d’activité physique « vigoureuse » par semaine [1]. Des méta-analyses se sont intéressées à
l’efficacité de différents types d’activité physique [2], mais aucune n’a évalué la « dose »
optimale d’activité physique pour améliorer l’HbA1c chez les personnes atteintes de diabète.
Les auteurs se sont donc intéressés à la variation de l’HbA1c selon la quantité d’activité
physique pratiquée, en prenant en compte l’HbA1c initiale des patients.
Les auteurs ont effectué une r***e systématique de la littérature dans les bases de
données Embase, MEDLINE, Scopus, CINAHL, SPORTDiscus et Web of Science. Les critères
d’inclusion des articles étaient 1) essai randomisé contrôlé, 2) comportant des patients avec un
diabète de type 2 (DT2), 3) avec évaluation de l’effet de l’activité physique, 4) avec groupe
contrôle qui recevait un traitement classique ou un autre type d’activité physique, 5) avec une
valeur d’HbA1c pour déterminer le contrôle glycémique. Ont été exclues les études avec plusieurs
types d’intervention (par exemple activité physique et équilibre alimentaire), celles dont les
patients avaient des comorbidités sévères et où l’activité physique durait moins de 4 semaines.
Les auteurs ont ensuite distingué les études selon qu’elles s’intéressaient à l’activité physique
générale ou à un certain type d’activité physique. Les analyses ont également été stratifiées en
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Daniel Gallardo-Gomez & al., Optimal Dose and Type of Physical Activity to Improve Glycemic Control in
People Diagnosed With Type 2 Diabetes: A Systematic Review and Meta-analysis. Diabetes Care.
2024;47(2):295–303. doi : 10.2337/dc23-0800
Février 2024
fonction de l’HbA1c de départ d’après des catégories définies par l’American Diabetes
Association : < 6,5% (« pré-diabète »), entre 6,5 et 7% (« DT2 contrôlé »), entre 7 et 8% (« DT2 non
contrôlé »), et > 8% (« DT2 sévère non contrôlé »). La quantité d’activité physique était exprimée
en MET minutes par semaine, le MET (pour Metabolic Equivalent of Task) permettant de calculer
la dépense énergétique d’une activité physique spécifique. Celle-ci était obtenue en multipliant le
MET de l’activité physique principale de l’étude par la durée d’une session et par le nombre de
sessions par semaine.
Les auteurs ont ensuite déterminé la quantité d’activité physique qui correspondait à la
plus grande réduction d’HbA1c dans chaque catégorie, ainsi que la dose minimale nécessaire
pour changer de catégorie (pour passer de la catégorie DT2 non contrôlé à DT2 contrôlé, par
exemple) et la dose maximale tolérée, c’est-à-dire la dose à partir de laquelle l’effet de l’activité
physique est nul ou délétère.
La r***e systématique a permis d’identifier 4 633 articles potentiels (doublons
exclus), dont 484 correspondaient aux critères et ont été lus. Au final, 126 études (6 718
participants) ont été incluses dans la méta-analyse. Les patients avaient en moyenne 58 ans
et 46,2% étaient de sexe masculin. Ils avaient un diabète diagnostiqué depuis 7,6 ± 3,8 ans
et une médiane d’HbA1c à 7,5%. Sur l’ensemble des participants, 199 étaient dans la
catégorie « pré-diabète », 1 253 dans la catégorie « DT2 contrôlé », 3 820 dans la catégorie
« DT2 non contrôlé » et 1 446 dans la catégorie « DT2 sévère non contrôlé ». Les auteurs ont
observé une relation dose-effet de l’activité physique sur l’HbA1c, non linéaire, dessinant une
courbe en J. La dose optimale d’activité physique était de 1 100 MET min/semaine dans
toutes les catégories, avec une réduction d’HbA1c de -1,02% à -0,66% pour le DT2 sévère non
contrôlé, de -0,64% à -0,49% pour le DT2 non contrôlé, de -0,47% à -0,4% pour le DT2 contrôlé
et de -0,38% à -0,24% pour le pré-diabète. La quantité minimale d’activité physique variait
entre 150 MET min/semaine (HbA1c de départ 8,1%) à 810 MET min/semaine (HbA1c à
8,6%) pour passer de la catégorie DT2 sévère non contrôlé à la catégorie DT2 non contrôlé ;
entre 330 MET min/semaine (HbA1c à 7,1%) et 990 MET min/semaine (HbA1c à 7,5%) pour
passer de la catégorie DT2 non contrôlé à la catégorie DT2 contrôlé ; entre 570 MET min/
semaine (HbA1c 6,6%) et 900 MET min/semaine (HbA1c 6,8%) pour passer de la catégorie
DT2 contrôlé à la catégorie pré-diabète.
Concernant le risque de biais, 28 études étaient considérées à faible risque, 34
présentaient un risque indéterminé et 64 présentaient un risque de biais important. Les
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auteurs ont conduit une analyse de sensibilité en prenant uniquement en compte les études à
faible risque de biais, et retrouvaient un effet dose-réponse similaire.
Cette quantité optimale d’activité physique déterminée par les auteurs est nettement
supérieure aux recommandations actuelles. En effet, 1 100 MET min/semaine
correspondent à une moyenne de 244 min/semaine d’activité physique d’intensité modérée
ou à 157 min/semaine d’activité physique vigoureuse. Les effets de l’activité physique sur
l’HbA1c peuvent être expliqués par différents phénomènes physiologiques, tels que
l’augmentation de la captation de glucose par les muscles squelettiques, la diminution de la
production de cytokines, l’amélioration de la fonction endothéliale et de la fonction
cardiaque. Cependant, il existe une variabilité interindividuelle importante concernant les
variations de glycémie induites par l’activité physique [3]. La quantité d’activité physique
optimale déterminée ici, exprimée en MET min/semaine, permet de déterminer la durée
d’activité physique optimale pour chaque type d’activité physique si son équivalent
métabolique est connu, ce qui concourt à individualiser les recommandations faites aux
patients en fonction de leurs besoins et préférences, et pourrait améliorer leur adhésion à la
pratique d’une activité physique régulière.
Les limites de cette étude sont i) la présence d’hétérogénéité concernant les protocoles
selon les études, ii) l’absence de données à l’échelle individuelle, amenant les auteurs à faire des
moyennes concernant les valeurs d’HbA1c, iii) le faible nombre de données disponibles
concernant les quantités d’activité physique supérieures à 1 100 MET min/semaine, conduisant
les auteurs à extrapoler l’effet d’une activité physique plus importante, iv) l’impossibilité de
déterminer la durée nécessaire pour atteindre le changement souhaité d’HbA1c, du fait d’une
variabilité interindividuelle importante.
En conclusion, cette méta-analyse a identifié une relation non linéaire entre activité
physique et HbA1c chez les patients présentant un DT2, avec une dose optimale de 1 100 MET
min/semaine. Ce seuil, bien que supérieur aux recommandations actuelles, pourrait permettre
une meilleure adhésion des patients à l’activité physique, en leur proposant des programmes
adaptés à leurs besoins et envies.
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