Syndicat de la Fonction Publique

Syndicat de la Fonction Publique Le SFP est le plus ancien des trois syndicats représentatifs dans la fonction publique territoriale polynésienne. N° T.A.H.I.T.I. : 722777.

Depuis sa création, le SFP en Polynésie Française (anciennement connu comme SCFP), organisation syndicale représentative dans la Fonction Publique, a lutté pour faire reconnaître les droits des agents publics œuvrant dans l’administration. Le SFP est notamment le seul syndicat de la fonction publique territoriale qui a choisi :
- de ne défendre que les agents publics. Ceci implique que les moyens obtenus grâce à nos sympathisants leur servent effectivement et ne soient pas employés à d’autres usages, comme recruter dans le privé ;
- en 2011 et 2013 de se positionner contre les mesures dérogatoires au principe du concours proposées par les Gouvernements de l’époque (deux LP invalidées) ;
- de faire une action concrète (un recours au tribunal administratif) sur la non-revalorisation du point d’indice. Le SFP est ouvert à tous (catégories C, D, ANFAs, ANTs). Le syndicat dispose notamment de :
- 8 sièges dans les CAP (352 voix sur 2997 suffrages lors du scrutin du 30/11/2016), et en conséquence, 1 siège au sein du Conseil Supérieur de la Fonction Publique (CSFP), organisme majeur de la FPT ;
- 6 sièges dans les CTP (244 suffrages sur 3467 le 15/04/2015) ;
- 1 siège à la Commission Paritaire Consultative (équivalent des CAP pour les ANFAs) ainsi que 1 siège à la Commission d'Interprétation et de Conciliation (équivalent du CSFP pour les ANFAs). Si nos résultats électoraux peuvent sembler faibles, c’est que jusqu’à présent l’administration nous a bloqué dans notre action en ne nous octroyant pas les décharges d’activité auxquelles nous avions droit (ne nous permettant pas d'organiser correctement les élections). Puisque nous en bénéficions désormais, nous restons à la disposition des agents pour organiser toute réunion au sein des services, en fonction des besoins. On peut noter que le SFP attaque souvent l’administration, mais cette situation n’est pas de notre fait. Nous nous contentons de lutter contre la manie de certains à vouloir déroger aux règles établies. Par ailleurs, nous ne sommes pas systématiquement dans une position conflictuelle, et nous essayons d’être force de proposition. Bien que souvent ignorés, nous avons regroupés nos propositions dans un document (publié sur notre site internet) que nous faisons évoluer au fur et à mesure de nos rencontres avec les agents.

Janvier 2026 - La technique, la décision… et l’invisibleDans notre administration il y a ceux dont la "production" est v...
14/01/2026

Janvier 2026 - La technique, la décision… et l’invisible

Dans notre administration il y a ceux dont la "production" est visible. Ils signent, décident, tranchent ou passent commande. Et puis il y a les autres. Ceux qui font tenir les bâtiments, les bases de données, les réseaux, les systèmes, les projets. Ceux qui produisent des analyses, répondent aux courriers, mais ne les signent pas. Ils sont nombreux ceux qui, comme moi, produisent dans l’anonymat. Nous n’apparaissons généralement que lorsqu’un dysfonctionnement survient.

Je m’appelle Hina, prénom d’emprunt, et je fais partie de ces invisibles. La dernière Tranche de vie du SFP abordait une situation se rapprochant de la mienne, davantage orientée sous l’angle de la confiance. J’ai souhaité élargir cette vision de ce management "inapproprié" et de ses conséquences. Voici un petit aperçu de mon quotidien dans lequel, là encore, bien des agents pourraient se reconnaître.

Je travaille sur un domaine particulièrement technique. Un système à la fois complexe et sensible qui se structure progressivement depuis ces quinze ou vingt dernières années. Nous ne sommes pas légion au Fenua à maîtriser le sujet. Pour être à la hauteur, je n’ai jamais compté ni mes heures ni mon énergie investie.

Je forme, je documente, je corrige les incohérences, je crée des outils modernes pour faciliter la vie de mes collègues. Je sonne l’alerte lorsqu’une donnée incohérente apparaît. Je conseille lorsqu’une démarche n’est pas conforme. Comme le sujet est sensible, il n’y a que peu de place pour l’erreur, sauf à aimer les conflits. Mon travail est discret et comme souvent dans notre administration, le travail discret est oublié.

En raison de l’importance du sujet que je supervise, les demandes me parviennent en rafale. Le matin, on me demande une chose et l’après-midi, on me somme de faire le contraire. Mais le lendemain, on me fait comprendre qu’il faudrait finalement revenir à la première option. Je m’exécute dans ce dédale avant de me voir reprocher de ne pas avoir anticipé « la vraie demande » : celle qui en réalité n’a jamais été formulée.

Le travail technique est soumis à des règles, des normes, ainsi qu’un cadre imposé par les outils utilisés. C’est ce que l’on appelle communément les « règles de l'art ». Je suppose avoir été choisie sur mon poste en raison de mes compétences techniques et donc de ma connaissance de ces règles.

Pour autant, je suis régulièrement remise en question par une hiérarchie qui peine à s’accommoder de ce cadre contraint. Je consacre donc beaucoup de temps à expliquer, réexpliquer et expliquer de nouveau les mêmes choses. Il en découle une fatigue aujourd’hui palpable, une perte de temps dont je me passerais bien, et une duplication du travail.

Cette défiance récurrente à l’égard de mes connaissances est source d’inefficacité. Malgré mon bagage technique, il n’est pas rare que ma hiérarchie refuse d’appliquer mes directives. Il en découle des risques juridiques et opérationnels. A titre personnel, cela s’accompagne d’une perte d'estime de moi-même. Mais ça, c’est sans doute sans importance.

Je ne suis pas contre la souplesse et je n’ai rien contre l’urgence. Mais dans un cas comme dans l’autre, il conviendrait de définir correctement ce qui est attendu et d’ordonner les priorités… c’est cela que devrait faire ma hiérarchie.

Dans ces mouvements névrotiques d’ordres et de contre-ordres, se perd souvent la trace de ce qui a déjà été refait deux, trois voire quatre fois. Le suivi est encore plus compliqué lorsqu’aucune version intermédiaire ou préconisation technique n’est formellement validée. Mais il reviendra de toutes façons à l’agent traitant d’assumer la responsabilité des problèmes et des décisions dont il n’est même pas l’auteur.

Elles sont rares ces hiérarchies qui assument les échecs de leurs propres décisions ou arbitrages et attribuent à leurs agents traitants les succès obtenus.

Bien des hiérarchies apprécient les outils modernes qui simplifient le quotidien, et c’est normal. Elles en oublient que ces utilitaires ne permettent pas tout et qu’avant d’en extraire une information il est judicieux de se poser quelques questions basiques comme : « est-ce faisable ? est-ce conforme ? est-ce sécurisé ? est-ce stratégique ? la réponse délivrée par l’outil aura-telle du sens ? »

A ces questions, seul l’administrateur de l’outil peut en général répondre. Pour autant, il n’est pas forcément consulté. Il en résulte la circulation, voire l’utilisation d’informations "douteuses", même erronées parfois. Lorsque l’agent traitant en a connaissance, il est souvent trop t**d. Le mal est fait. Et lorsqu’il en alerte sa hiérarchie, celle-ci lui demande en général d’assumer en urgence, les conséquences de cette décision à laquelle il n’a pas été associée.

Dans mon quotidien, il arrive aussi que des agents d’autres services, d’autres pôles ou d’autres bureaux, me sollicitent directement. En général, peu de formalisme et de formule de politesse. Un simple « Je veux ceci pour demain. Merci ». Aucun contexte, aucune validation hiérarchique, aucune explication technique.

Et lorsque je sollicite des précisions, on me répond le plus souvent « C’est urgent, fais au mieux ». Je fais donc au mieux sur la base du peu d’éléments dont je dispose et renvoie en urgence ma réponse. Il n’est pas rare que quelques jours plus t**d je sois confrontée à un « Ce n’est pas ce qu’on voulait. Pourquoi tu as fait ça ? »

Ben oui mea ma 😉 ! Ma vision d’ingénieure n’est pas la même que celle de mon interlocuteur et sans contexte ni explication, que fournir ? Mea ma, au lieu de vous indigner, apprenez quelques simples règles.

Un mail doit d’abord rester un espace de courtoisie avec un bonjour et une formule de politesse. Ensuite une demande requiert un contexte, une présentation de l’utilisation du résultat attendu. En l’absence de ces éléments le rendu ne correspondra que très rarement à ce qui est souhaité. Enfin, souvenez-vous que j’ai une hiérarchie qui cadre mon travail. Alors n’oubliez pas de la mettre en copie 😊 !

Dans cette organisation flottante, j’en finis par m’interroger. Qui décide de mes missions ? Ma hiérarchie ou n’importe quel demandeur d’information ? A qui dois-je rendre des comptes ? A ma hiérarchie ou aux demandeurs d’informations qui ont eux-mêmes court-circuité ma hiérarchie ? Qui me protège de l’agressivité d’interlocuteurs incapables de définir précisément leurs demandes et qui s’insurgent ensuite d’un résultat non conforme à leurs attentes ? A ce jour ces questions restent tristement sans réponse. Pourtant ces questions ont été soulevées… et pas qu’une fois.

Dans ce cadre où je gère des informations sensibles, j’ai plusieurs fois sollicité un espace sécurisé. Mes demandes demeurent sans réponse. L’administration n’a parfois pas besoin de grands symboles pour montrer qu’elle ignore la réalité du travail de ses agents. Son silence et son refus de répondre à une demande rationnelle suffisent.

Tout travail technique requiert un cadre et un suivi écrit. « Technique » ne signifie pas scientifique. Une étude juridique, économique, statistique ou comptable est toute aussi « technique ». Dans mon quotidien, faute d’une gestion structurée, j’accomplis mes missions sans qu’aucune trace officielle ne soit conservée. Il n’y a jamais de procès-verbaux de validation, pas de cadrages écrits, pas de véritable suivi hiérarchique. Il n’y a souvent que des échanges entre deux portes qui laissent peu de traces. Et comme le respect et la courtoisie sont en voie de disparition, « S’il te plait » et « Merci » ne font souvent plus partie du vocabulaire administratif.

Ma hiérarchie semble avoir du mal à comprendre ma valeur ajoutée. Je suis mise à l’écart dès que je refuse de valider des pratiques non conformes. On me qualifie de « contrariante » quand je tente simplement de prévenir des erreurs à venir.

Je ne crie pas, ça ne sert à rien. Je ne m’oppose pas, c’est contre-productif. Je ne dramatise pas non plus, ça n’a pas de sens. Alors je continue malgré tout. Mais à force, mon corps commence à exprimer ce que je n’ai jamais osé formuler : fatigue, stress, lassitude, démotivation, sentiment de perte de légitimité voire de confiance en moi.

Ma santé se dégrade et personne ne semble s’en soucier. Ceux qui sont garants du maintien des systèmes techniques ne tombent pas avec fracas. Ils s’effondrent en général silencieusement.

On entend parfois dire que l’Intelligence Artificielle (IA) n’a pas sa place dans l’administration, qu’elle menace, qu’elle remplace, qu’elle déshumanise. C’est vrai pour ceux qui exploitent l’IA pour obtenir des réponses sur des sujets qu’ils ne connaissent pas.

L’IA se trompe, même assez souvent. Mais ceux qui connaissent les sujets détectent les erreurs. L’IA ne remplacera donc pas l’ingénieur. En revanche, elle lui permet de synthétiser plus rapidement des demandes, d’organiser des échéances. Elle accélère la rédaction de notes ou d’alertes techniques. Pour ceux qui savent l’utiliser, elle simplifie également l’analyse de la cohérence des documents. Elle peut donc faire gagner du temps… à condition de bien connaître son sujet et d’en être un spécialiste.

Dans certains pays, l’administration introduit l’IA pour réduire les erreurs, structurer des données et améliorer la communication interne… de quoi réfléchir.

Voilà, je suis Hina, l’une de ces personnes invisibles qui produit ce que d’autres s’approprient sans pour autant en maîtriser la technicité. Je dois m’accommoder de l’incapacité de ma hiérarchie à organiser le travail et à imposer des procédures. Je suis aujourd’hui bien fatiguée de travailler ainsi, perdant plus de la moitié de mon temps à générer une information qui ne sera pas exploitée car mal définie à la base. Je fais partie de ces invisibles que l’on met brutalement sous les feux de la rampe lorsqu’un problème prévisible est survenu à la suite d’une mauvaise décision, d’un mauvais arbitrage, ou d’une incompréhension technique.

Le service public ne se construit pas avec des décisions rapides, mais sur le travail solide de celles et ceux qu’on ne voit pas. Si notre administration ne souhaite pas les perdre, peut-être est-il temps de les écouter, de les défendre et surtout, de les reconnaître et de les considérer.

En ce début d’année 2026, nous vous adressons nos meilleurs vœux. Puisse la santé et la sérénité régner en maîtres pour vous-même et vos proches. Ia ora na i te matahiti api !

Décembre 2025 - Notre administrationLe dernier conseil supérieur de la fonction publique s’est tenu mi-décembre. A cette...
29/12/2025

Décembre 2025 - Notre administration

Le dernier conseil supérieur de la fonction publique s’est tenu mi-décembre. A cette occasion, la Direction des Talents et de l’Innovation a présenté quelques chiffres clefs sur notre administration, des informations assez éclairantes pour certaines qu’il convient de commenter. Certes les données exposées remontent à fin 2024, mais compte tenu de leur caractère structurel, elles évoluent peu et lentement au cours du temps.

Lorsque certains en retirent visiblement des satisfécits, nous aurions tendance à nous montrer globalement inquiets dans certains cas. Comme quoi, une même information peut conduire à des regards bien différents.

Des effectifs globalement stables

Entre 2023 et 2024 (derniers chiffres disponibles), les effectifs dans la fonction publique sont globalement restés stables (+ 1,4 %). Ce constat semble satisfaire le ministère, alors que nous y voyons une dangereuse sclérose.

Notre administration est réputée pléthorique et intervenir dans des secteurs où elle ne devrait pas. Par conséquent, une politique active de restructuration consisterait à ne pas remplacer les personnes placées en retraite et à repositionner les effectifs restants pour progressivement abandonner les secteurs trop éloignés de la sphère administrative.

Par cette démarche, notre administration reviendrait progressivement, sans heurt et sans conflit social, à un juste dimensionnement.

Cette constance des effectifs, et pire sa légère progression, démontre que le dimensionnement de notre administration n’est visiblement pas une considération pour nos dirigeants. Au lieu d’insuffler ce nécessaire processus de restructuration, ces derniers s’évertuent à reproduire la sphère administrative à l’identique d’année en année, alors qu’elle est structurellement bancale.

Certes le nombre de Fonctionnaires d’Etat Détachés dans notre Administration (FEDA) a été divisé par deux sur la période, mais leur intégration facilitée dans notre administration les faits mécaniquement basculer du côté des fonctionnaires. Leur disparition est donc purement artificielle.

Plus intéressante encore est la progression des agents en situation de précarité dans notre administration : + 11 % pour les agents non titulaires sur des postes budgétaires et + 34 % pour les agents non titulaires hors postes budgétaires. Cette tendance est inquiétante car elle s’inscrit dans un discours politique qui vise à précariser la fonction publique. Il y a donc une triste cohérence entre les annonces et les actes. Cette tendance a de quoi inquiéter les organisations syndicales…

Point extrêmement positif à mettre en lumière dans cette présentation de la DTI, notre administration compte environ 125 travailleurs reconnus en situation de handicap. Ce nombre est bien supérieur à la visibilité qui leur est accordée. Nous avons donc suggéré que la Direction des Talents et de l’Innovation mette en valeur ces femmes et ces hommes que nous voyons finalement peu.

Notre administration y gagnerait à médiatiser les portraits de certains d’entre eux afin de fragiliser la barrière que leur situation représente en termes de recrutements. Démontrer qu’ils produisent sans aucune difficulté, pourrait inciter les chefs de services ou directeurs d’établissement encore réfractaires à tenter l’expérience. Et contrairement à certaines idées reçues, la moitié de ces travailleurs handicapés émarge sur des postes de catégorie A et B. Il y a donc de la compétence et de la matière grise à promouvoir.

Place aux femmes !

Messieurs, tenez-le pour dit, les femmes sont largement majoritaires dans notre administration. Elles représentent 60 % des effectifs et ne sont minoritaires que parmi les catégories D.

Ce phénomène risque de s’accentuer dans les années à venir, car la pyramide des âges de notre administration illustre la prédominance féminine dans les jeunes générations de fonctionnaires. Il en va de même pour les concours, où les femmes sont plus nombreuses à la fois comme candidates et lauréates.

Les femmes sont également plus mobiles que les hommes dans notre administration. Elles changent de poste plus facilement que leurs confrères masculins, que cette mobilité soit intra service ou extra service. Elles affichent donc une plus grande flexibilité et adaptabilité que les hommes.

La tendance est la même pour les postes d’agents non titulaires qui sont essentiellement occupés par des femmes. Sans que nous ayons les chiffres pour le démontrer, sans doute affichent-elles de meilleurs niveaux scolaires ou universitaires ainsi qu’une plus grande détermination que leurs concurrents masculins.

Même dans les fonctions syndicales, les femmes sont prédominantes. Ce sont elles qui siègent majoritairement dans les instances représentatives. Leur prépondérance est très significative dans les Commissions Administratives Paritaires, mais elle est bien moindre pour les Comités Techniques Paritaires.

Elles se montrent également plus dynamiques que les hommes pour la formation. Cet état d’esprit positif et proactif vis-à-vis de l’accroissement des connaissances contribue certainement à renforcer leur position dominante dans l’administration. Il n’y a qu’une chose à dire : Félicitations mesdames !

Une ribambelle de petits services

Notre administration compte 62 services ou établissements publics. Pourtant, près de 60 % des agents publics ne sont employés que par quatre (4) d’entre eux. Cela en dit long sur la floppée de services de petite taille présents dans notre administration dont les coûts structurels sont importants au regard de leur volume d’activité.

Certains regroupements paraîtraient naturels, comme toutes les circonscriptions des archipels qui pourraient être rassemblées au sein d’un seul et même service avec des départements distincts pour chaque zone géographique. La délégation pour le développement des communes pourrait même y être rattachée.

Ce fut le cas à une période, mais des considérations bassement politiques sont malheureusement passées par là. Ce regroupement aurait le mérite de favoriser des synergies et de permettre au personnel d’être moins en tension. Par ailleurs, une seule directrice ou un seul directeur coûterait bien moins cher que 4 ou 5 aujourd’hui.

Notre administration intervient dans des secteurs qui devraient être dévolus au privé. Peut-être serait-il temps de s’en soucier et d’entamer cette transition qui s’étalera sur de nombreuses années.

Par ailleurs, comme nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises, il existe des établissements publics qui font doublons avec certains services, là encore, pour de pures considérations politiques.

Des évidences de ce type, il y en a beaucoup lorsqu’on examine la répartition des services et des établissements publics. Aussi, ce qui semble manquer avant tout, c’est une réelle volonté politique.

Regrouper des services est techniquement rapide. Humainement cela requiert de la préparation, mais ce n’est pas une histoire de 30 ans à l’image du statu quo qui perdure depuis la création de la fonction publique.

Paradoxalement, nous sommes soumis chaque année aux mêmes constats et aux mêmes discours sur la mauvaise structure de notre administration… Difficile donc d’imaginer que nos dirigeants ne savent pas.

Et il n’y a pas besoin d’une nième étude ou d’un nième séminaire pour comprendre la nature des décisions à prendre. Il faudrait juste une volonté d’action.

Il est certain qu’une telle restructuration risque de faire grincer des dents car tout changement provoque des appréhensions et des crispations. Cependant, plus elle est démarrée tôt et plus elle peut être maîtrisée en douceur et sans trop de heurts.

Il n’est pas bien compliqué de comprendre que dans un service d’une dizaine de personnes, le départ potentiel de la seule secrétaire provoque des inquiétudes. Le maintien de son poste est donc crucial. Mais dans un service d’une quarantaine de personnes avec trois secrétaires, le départ de l’une d’entre elle soulève moins de difficultés.

Il existe donc un lien entre le nombre de services et établissement, leurs effectifs et la capacité de notre administration à mieux dimensionner le nombre d’agents publics.

Peu de concepteurs et beaucoup d’exécutants

A titre liminaire, précisons que l’emploi des termes concepteurs et exécutants est tiré de notre administration. C’est elle-même qui a défini les catégories A comme des concepteurs, en opposition aux autres catégories (B, C et D) davantage considérées comme des exécutants. Il n’y a donc aucune vision péjorative de notre part.

D’ailleurs, un certain nombre de postes à responsabilité (concepteurs), sont occupés par des agents de catégorie B, C, voire D !

Une fois clarifiée ces termes, une autre caractéristique structurelle de notre administration est sa très forte proportion d’agents exécutants. Les agents de catégories B, C et D représentent plus de 80 % des agents publics. Les catégories A qui ont normalement ce rôle de concepteurs sont donc très minoritaires.

Ce point a été fort critiqué par la chambre territoriale de la cour des comptes avec pour recommandation, une évolution très sensible de leur proportion. A titre de comparaison, plus de la moitié des agents dans la fonction publique d’Etat sont de catégories A.

Cette situation n’est pas sans poser de difficultés pour le fonctionnement même de notre administration. Dans un environnement qui réclame à juste de titre plus de réactivité, d’analyses techniques pointues ou de réponses sophistiquées, la faible proportion de catégories A se révèle un handicap.

La situation est même parfois aggravée lorsque certains chefs de services confient à des cadres A des tâches qui pourraient parfaitement être dévolues à des catégories B. Des agents supposés être concepteurs se retrouvent alors employés comme de simples exécutants.

Dans un cadre budgétaire contraint, il ne sera pas possible d’accroître la proportion d’agents de catégories A sans une véritable restructuration de notre administration. Pour cela, il faut une vision, un projet, un chemin, mais aussi de la patience.

Seuls les départs en retraite d’agents de catégories B, C et D permettent potentiellement de modifier notre administration sur le plan structurel. Schématiquement, les départs en retraite de deux cadres B ou trois cadres C, voire quatre cadres D devraient permettre le recrutement d’un cadre A.

Ce n’est que dans un environnement bien planifié avec des objectifs clairs que cette transition est possible. Autant dire qu’avec une administration qui se reproduit à l’identique d’année en année, il n’y a aucun changement à attendre.

L’état de santé psychologique de nos agents

Les difficultés de santé proviennent de bien des facteurs : la génétique, le mode de vie, l’exposition aux substances nocives, aux dangers, etc. Mais au-delà de ces facteurs très « matériels », existent aussi des facteurs psychologiques comme le stress que notre corps finit par somatiser.

Depuis deux ou trois ans maintenant, la Direction des Talents et de l’Innovation a mis en place une cellule psychologique à l’écoute des agents publics. Au départ, il n’y avait qu’une seule psychologue, mais en raison de l’ampleur de son travail, une seconde a été recrutée.

Une centaine d’agents s’est déplacée pour consulter ces professionnelles, et un quart d’entre eux a bénéficié d’un suivi régulier.

Certes, 100 personnes sur les 8 000 que compte notre administration, ça ne fait guère qu’un peu plus de 1 %. Une goutte d’eau, diront certains. Pour autant, sans qu’aucune publicité n’ait été faite, il est déjà tragique d’en être là !

Un peu plus des deux-tiers de ces consultations sont provoquées par une souffrance au travail, que celle-ci soit la conséquence d’un management trop agressif ou d’un harcèlement moral voire sexuel. Le reste concerne des problèmes de carrière et de réorientation.

Travail législatif et réformes à venir

Sur les 24 textes envisagés au calendrier législatif de 2025, seuls 16 ont été étudiés, les autres faisant l’objet d’un report en 2026. La création de commissions spécialisées en amont du conseil supérieur de la fonction publique a malheureusement rallongé le processus législatif.

Difficile de porter un regard satisfaisant sur ce constat tant les fonctionnaires sont en attente de changements.

Heureusement que les organisations syndicales avaient imposées par le règlement intérieur du Conseil supérieur de la fonction publique, le maintien de quatre réunions annuelles, en lieu et place des deux prévues statutairement.

Si comme nous, vous aviez des interrogations sur ce qu’il advenait du séminaire de septembre 2025, ce bilan de l’année écoulée a été l’occasion de quelques annonces.

Sachez que le gouvernement envisage « une grande réforme de notre administration ». Nous ne savons pas laquelle, nous ne savons pas comment, nous ne savons pas quand, mais elle est annoncée. Une communication en ce sens est visiblement prévue auprès du conseil des ministres à l’horizon du 1er trimestre 2026.

D’après les bribes d’information qui ont été lâchées, il s’agirait apparemment de réviser l’ensemble des cadres d’emploi pour en réduire le nombre, uniformiser les grilles de rémunération, mais également réformer les régimes indemnitaires dans leur globalité.

Nous sommes à la fois vigilants et dans l’expectative car beaucoup de choses semblent se faire dans le plus grand secret. Ainsi il nous a été rapporté que le "groupe d’experts" nommé par le gouvernement semble avoir mené de nombreux entretiens et qu’il en aurait accouché d’une feuille de route.

Nous sommes fort surpris que ce groupe d’experts n’ait jamais jugé opportun de rencontrer les organisations syndicales représentatives pour partager une vision.

Le gouvernement semble également vouloir modifier considérablement le mode de représentation syndicale dans l’administration. Il semble s’orienter vers l’organisation d’un seul scrutin duquel découlerait les nominations des représentants en Commissions Administratives Paritaires et en Comités Techniques Paritaires. Les maigres informations transmises ne permettent pas d’en savoir davantage.

Cependant, entre la réflexion et l’action il peut s’écouler beaucoup de temps et les projets connaissent de forts changements. Ainsi, nous attendons toujours la restitution du séminaire de septembre 2025 qui devait intervenir avant la fin décembre. Heureusement, l’année n’avait pas été précisée… 😊

Décembre 2025 - Le difficile exercice de la confianceJe m’appelle Anavai (prénom d’emprunt), et je suis cadre technique ...
15/12/2025

Décembre 2025 - Le difficile exercice de la confiance

Je m’appelle Anavai (prénom d’emprunt), et je suis cadre technique dans l’un des services du Pays. Mon quotidien doit tristement correspondre à celui d’un bon nombre de cadres dont la direction a oublié les règles de base du savoir vivre, du savoir être, de la modestie, de l’humilité, de la confiance et finalement, du bon sens tout simplement.

En plus des analyses que je produis par mes fonctions, mon quotidien est aussi jalonné de demandes qui m’arrivent généralement en urgence, car s’il y a une chose que l’on ne semble pas connaître dans notre administration ou dans les ministères, c’est l’anticipation et la planification.

Alors comme l’obéissance hiérarchique est une règle pour tout fonctionnaire, je m’exécute. Je mets en suspens la précédente demande, qui elle aussi était urgente, et je m’organise pour répondre à cette nouvelle, en espérant qu’une troisième ne viendra pas se glisser. Inutile de demander un ordre de priorité, car dans ce trait d’humour vaseux qu’ont les hiérarchies qui peinent à organiser le travail, la réponse est toujours la même « mais tout est urgent » accompagnée d’un large sourire plein de béatitude.

C’est donc urgent, ça vient de haut, donc un peu d’heures supp le soir et je rends ma copie. Quelques jours plus t**d je m’inquiète tout de même de savoir ce qu’il est advenu de cette demande si urgente et importante. La réponse sonne comme une insulte : « Ah oui, ben finalement non, ils n’en n’avaient plus véritablement besoin ». OK, j’aurais tendance à dire qu’on ne m’y reprendra plus, mais malheureusement, les ordres sont les ordres, et c’est la nième fois que cela m’arrive.

Bon, je reviens à mon quotidien et malgré toute mon autonomie professionnelle après 25 années de carrière, j’ai compris qu’avec ma hiérarchie, il faut tout soumettre à arbitrage. Ma hiérarchie n’a pas du tout la même formation que moi, il est donc logique que ses compétences techniques ne soient pas les mêmes que les miennes, mais c’est ainsi, c’est elle qui arbitre.

J’adresse donc mon dossier et sollicite l’arbitrage nécessaire pour poursuivre dans le sens attendu par ma hiérarchie. Un jour passe, puis un autre, un troisième, une semaine. Je relance et je me vois répondre « Je ne t’ai pas oubliée, je reviens rapidement vers toi ». Un jour passe, puis un autre, un troisième, une semaine. Je relance de nouveau et quelques jours plus t**d j’obtiens un embryon de réponse.

Rien n’est trop clair. On sent que mon interlocuteur a du mal avec le concept. C’est normal, il lui manque la formation technique. Mais bon, je vais m’en accommoder. Je modifie rapidement mon travail en doutant fort du bienfondé des modifications sollicitées et je renvoie.

Un jour passe, puis un autre, un troisième, une semaine. Je relance. Cette fois, ma hiérarchie fixe une réunion "d’arbitrage" avec d’autres agents techniques comme moi. Douterait-elle… Ont aussi été conviées une ou deux autres personnes qui grenouillent davantage auprès de la direction mais dont les compétences techniques sont plutôt limitées… très limitées.

Bilan des courses, les personnes aux compétences techniques poussent pour des modifications qui ramèneraient mon travail dans sa première version. Les "grenouilleurs", eux, sont embarrassés… Ils aimeraient soutenir le positionnement de ma hiérarchie mais ils doutent en raison de l’unanimité technique.

Que faire !!! Ouh là là ! Supporter une position différente du boss, c’est courir le risque de sortir du cercle des intimes… mais en même temps, affronter des techniciens qui connaissent leur domaine, c’est prendre le risque de passer pour un imbécile. Alors bien évidemment, comme à l’accoutumée, les "grenouilleurs" optent pour le jeu de l’équilibriste en suggérant « qu’il y a du bon dans chaque proposition ». Ah, le faux-cul-isme, ce mouvement tellement en vogue et qui n’apporte rien au débat hormis la stagnation.

Je le sens bien, ma hiérarchie est gênée. Elle n’aime pas être contredite. Alors pour ne pas prendre le risque d’être mise en porte-à-faux, surtout devant des "hautes sphères", elle prend soin de m’écarter de la suite du projet. Elle va seule aux réunions avec les hautes instances, même si l’imbécile qui suit le projet et qui devra rendre compte à la fin… c’est moi !

Sans doute est-ce la bonne technique pour me faire porter le chapeau en cas de problème (ou la casquette, c’est plus local, pai !). Et comme Tahiti est un petit village, il m’arrive de croiser untel ou untelle qui participe à ces réunions de "hautes sphères" et qui me raconte tout ce qui se dit dans mon dos et / ou sur mon dos. Grace à ça, je m’sens tellement en confiance 😉 !

Dans ces réunions de "hautes sphères", on pose des questions souvent techniques, ce qui est rassurant. Et pour y répondre, il faut être un technicien. Comme ce n’est pas le cas de ma hiérarchie, je vois revenir indirectement des séries de questions. Et comme la finesse fait défaut, on me transfère des mails dans lesquels apparaissent des historiques de conversations. C’est ainsi que je mesure à quel point je suis écartée d’un projet que je suis sensée porter. J’ai même été fort amusée en remontant dans les mails de constater qu’un interlocuteur s’étonnait de l’absence de "technicien" du service dans les réunions. Ben oui, c’est ballot…

Bon, à force de sans doute répondre « oui, mais, euh… », « je vais voir », « faut étudier », « j’ai pas la réponse là tout d’suite » et de se rendre compte que ça ne suffisait plus, j’ai fini par être sommée d’accompagner ma hiérarchie dans les "hautes sphères". Et là tout se complique dangereusement ! Ce qui devrait être une pure formalité devient presque un numéro d’illusionniste (ou de clown, c’est selon).

Je ne sais pas ce que mon supérieur a dit sur le projet, puisque je n’ai aucun véritable retour. Je ne dois pas raconter d’ineptie aux personnes présentes afin de ne pas fausser les arbitrages. Et en même temps, je ne peux pas trop contredire mon boss, au risque de froisser celui qui sera mon notateur en début d’année prochaine. Alors, on écoute et l’on observe attentivement pour comprendre d’où vient la fumée, car si c’est le feu, c’est déjà trop t**d.

Je finis par comprendre que ce qui a été dit du projet n’est pas véritablement ce que j’en avais écrit… En regardant subtilement dans les papiers de mon voisin, je découvre que le projet que j’avais rédigé a été passablement repris par ma hiérarchie et que cela n’a plus le sens que j’y avais donné. Tiens… c’est étonnant, je n’ai pas été destinataire de cette version signée par… mon boss.

Ça parle, ça parle et d’un seul coup tout le monde me regarde. Je me tourne vers ma hiérarchie qui tente de se montrer rassurante avec un joli discours. Il a dû tellement utiliser ChatGPT qu’aujourd’hui il parle comme l’intelligence artificielle générative. De très beaux mots, de très belles phrases, mais fondamentalement, quelques vérités, des erreurs qui passent sans doute inaperçues pour les non-initiés, et beaucoup de vide bien emballé. Sentant que son discours peine à convaincre, il se tourne vers moi et lance « Anavai va compléter. » Et oui… je dois compléter, mais par où commencer ? Comment expliquer poliment que ma hiérarchie n’a visiblement pas tout compris, et encore moins les enjeux ? Comment exposer publiquement que le projet initial que j’avais proposé correspondait visiblement aux attentes de nos interlocuteurs et répondait à leurs interrogations ? Comment également justifier le fait que nous avons pris beaucoup de ret**d car mes demandes d’arbitrages et mes relances successives sont tombées dans le vide intersidéral de la galaxie ? Point de Chat GPT à la rescousse !

Alors pour sauver la mise de ma hiérarchie, j’évoque la complexité du sujet, des réponses t**dives d’interlocuteurs imaginaires qui ont fait prendre du ret**d. J’essaye délicatement, mais subrepticement, de faire comprendre qu’existait une première vision du projet qui correspondait à la rationalité de mes interlocuteurs et répondait à leurs questions et… je serre les fesses.

Comme je ne suis pas de la dernière pluie, j’ai pris soin d’apporter ma première version que je fais circuler. Evidemment, certains s’étonnent de ne jamais avoir vu ce document. Mon boss n'a pas l’air de mesurer la situation.

Pour lui sauver la mise j’indique que nous avions au départ pensé cette approche trop simple, raison pour laquelle nous l’avions étoffée, mais sans doute trop. Ma hiérarchie semble respirer de nouveau.

Au sortir de cette réunion, aucun merci, aucune excuse, juste un « tu apporteras les modifications puis tu m’enverras le document, je le transmettrais moi-même. »

Je n’ai aucune illusion pour l’avenir, car c’est la nième fois que je suis confrontée à la même situation à peu de choses près. La prochaine fois ce sera donc de nouveau pareil.

Alors voilà, je suis une fonctionnaire de l’administration désabusée et dépitée. Cadre technique, j’ai fait une école d’ingénieur, je suis aujourd’hui dotée de 25 années d’expérience, et comme bon nombre de mes collègues, je peine à trouver la confiance de chefs de services qui n’ont pas les mêmes outils techniques que moi.

Je me demande si lorsqu’elles montent dans l’avion, ces personnes vont voir le pilote pour lui dire « laissez-moi les commandes, je n’ai pas confiance en vous ».

Leur fierté les empêche également de reconnaître leurs erreurs et d’avoir un minimum de considération et de reconnaissance pour leurs agents. Je me demande avec sarcasme et ironie s’il est difficile de faire plus épanouissant comme cadre de travail 😉…

Ce manque de confiance fait perdre du temps, de l’argent et surtout affecte l’image de notre service. Amis de la Direction des Talents et de l’Innovation, ne serait-il pas envisageable de former nos hiérarchies au management avant de les propulser dans leurs fonctions ? Et sans doute faudrait-il leur relire Montaigne qui écrivait dans ses essais (III, 13) « Sur le plus haut trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul ! » Si cette nécessaire modestie vaut pour un roi, alors ô combien devrait elle s’appliquer pour un simple directeur.

PS : Pour ceux qui aurait lu notre précédente tranche de vie, nous vous informons que la personne handicapée dont nous relations la situation a finalement trouvé une affectation dans un des services du Pays. Nous félicitons chaleureusement le chef de service qui accepté de la recruter.

Adresse

BP 42105
Papeete
98713

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