08/09/2018
SALEH SOUGOUDI KELLEMI ĂCRIT AU PRĂSIDENT IDRISS DEBY.
LETTRE OUVERTE A SON EXCELLENCE, MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, CHEF DU GOUVERNEMENT DE LA IVĂšme REPUBLIQUE
Monsieur le PrĂ©sident DĂ©by, « Entendre le cri de la population, c'est Ă©viter une future rĂ©volution. »a dit un jour le rĂ©volutionnaire et feu prĂ©sident FidĂšle Castro ! Aujourdâhui, le cri de la population Ă laquelle je vous prie dâĂ©couter est celle de cette rĂ©gion mythique, la rĂ©gion dâoĂč sont partis tant de rĂ©volutionnaires et de nationalistes tchadiens. Je veux parler de la rĂ©gion du Borkou ! Cette rĂ©gion dont les noms des villes resteront toujours dans les mĂ©moires collectives tchadiennes : Faya-Largeau, Kouba Ollanga, Kirdi, Yarda, Miski et la fameuse KalaĂŻt. Bien que le dĂ©coupage administratif ait remodĂ©lĂ© lâappartenance de certaines villes du Borkou, leur prestige dâantan demeure.
Malheureusement la rĂ©gion du Borkou est entrain de mourir lentement : lâensemble des infrastructures publiques (Ă©coles, hĂŽpitaux, marchĂ©s publiques, bĂątiments administratifs et routes) sont soit trĂšs vĂ©tustes ou quasiment inexistantes ; lâadministration publique y est absente (pas dâenseignant, pas de mĂ©decin exceptĂ© une petite minoritĂ© issue des fils du Borkou qui tentent, malgrĂ© les circonstances, de faire tourner la machine administrative). La pauvretĂ©, les maladies et le dĂ©sarroi de la population ont atteint des seuils critiques et contribuent a accentuĂ© lâexode la jeunesse. Tout ceci pour vous dire que la rĂ©gion du Borkou se videlentement de sa population. En raison de sa position stratĂ©gique, le gouvernement a plutĂŽt mobilisĂ© ses efforts sur la sĂ©curitĂ© dans la rĂ©gion en nĂ©gligeant la lutte contre la pauvretĂ©. « L'existence sociale des hommes dĂ©termine leur pensĂ©e »disait Mao TsĂ©-Toung. La source de lâinsĂ©curitĂ©, des menaces terroristes, de la frustration sociale et de lâincivisme demeurent la pauvretĂ©, lâinjustice sociale, la mauvaise gouvernance et lâabsence dâautoritĂ© de lâEtat.
Monsieur le Président,
Je me souviens que vous aviez Ă©voquĂ© le projet de dĂ©placement de la ville de Faya vers un nouveau site dĂ©nommĂ© « Faya DjĂ©did (Faya nouvelle) ». Mais compte tenu de sa dangerositĂ©, il est impossible de dĂ©placĂ© la ville dans ce nouveau site car le projet a Ă©tĂ© fait sans Ă©tude de faisabilitĂ© environnementale (le nouveau site est soumis Ă des fortes tempĂȘtes de sable).dans cette affaire de sabotage Ex-Ministre des infrastructures est le premier responsable et nous disons tout simplement Dieu merci.
Les ONGs et tous les autres acteurs humanitaires ont dĂ©sertĂ© la rĂ©gion Ă lâexception de lâorganisation humanitaire HDS (Halt Death Stalker) qui lutte inlassablement contre les piqĂ»res de scorpion et lâavancĂ©e des dĂ©serts, et autres flĂ©aux du Borkou. Les programmes publics sectoriels des ministĂšres de la santĂ©, de lâĂ©ducation, de lâeau, de lâĂ©levage, de lâagriculture, des infrastructures etc. ont Ă©tĂ© abandonnĂ© au profit des autres rĂ©gions du pays. La rĂ©gion du Borkou et sa sĆur jumelle du Tibesti sont devenues les bĂȘtes noires de lâaction publique nationale. Aucun projet public viable nâest financĂ© dans cette partie du Tchad. Au dĂ©but de lâannĂ©e 2018, une Ă©pidĂ©mie a dĂ©cimĂ© une importante partie du cheptel camelins et bovins du Borkou sans que cela nâĂ©meuve aucun des officiels de NâDjamĂ©na. Au contraire, certaines rĂ©gions telles que celle du Lac, du Kanem, du Bar el Ghazal et du Sud du pays ont reçu une aide vĂ©tĂ©rinaire dans ce sens. Il y a desincendies majeurs dans le Borkou qui ont dĂ©cimĂ© les oasis etdeux fortes pluies qui ont causĂ© des inondations sans quâaucune aide gouvernementale ne parvienne au Borkou. NâeĂ»t Ă©tĂ© la charitĂ© et la solidaritĂ© des ressortissants de la rĂ©gion, la population du Borkou serait dans le dĂ©sarroi le plus total. Alors Pourquoi le Borkou est-elle nĂ©gligĂ©e autant? Ces rĂ©gions ne font-elle pas partie intĂ©grante du pĂ©rimĂštre tchadien ?
Le problĂšme du Borkou câest aussi lâabsence de ses fils compĂ©tents et qualifiĂ©s dans les instancesde dĂ©cisions de lâappareil administratif en particulier dans les postes de responsabilitĂ©s. les fils du Borkou peinent Ă sâinsĂ©rer socialement. Ceux qui ont eu le bac peinent Ă obtenir des bourses et les diplĂŽmĂ©s nâont pas accĂšs Ă la Fonction Publique. Pourquoi ? Mobutu ne disait-il pas : « plus un arbre monte plus la chute devient lourde » ceci pour vous dire quâil faut Ă©teindre un feu avant quâil ne devienne un incendie.
Monsieur le Président,
La rĂ©gion du Borkou nâa pourtant pas cessĂ© dâappuyer votre excellence lors des grandes Ă©chĂ©ances politiques. A titre dâexemple, lors de la campagne de 2016, malgrĂ© lâaccĂšs difficile Ă cette rĂ©gion, les jeunes (toute communautĂ© confondue : anakaza, noarma kamadja, doza, arna) ont massivement participĂ© Ă votre réélection et se sont impliquĂ©s fortement dans la mobilisation des ressources pour cette Ă©lection (moyens matĂ©riels, financiers et humains). Mais tout cela semble nâavoir eu votre assentiment et attirĂ© encore moins votre attention. Aucune rĂ©percussion positive nâa prĂ©cĂ©dĂ© les Ă©lections. Les jeunes du Borkou sont restĂ©s lĂ oĂč ils Ă©taient avant, sans changement. Le Borkou a votĂ© Ă 99% pour vous. Alors que certaines rĂ©gion ont fourni moins dâefforts mais ce sont vus rĂ©compensĂ©s mĂȘmes les rĂ©gions de lâopposition ont Ă©tĂ© gagnantes lors de cette Ă©lection.je me souviens exactement comme câtait aujourdâhui, lors de votre discours dâinvestiture en quatriĂšme paragraphe vous avez dit ceci « Je rĂȘve dâune jeunesse qui ose et qui a de lâaudace. Je rĂȘve de construire un Tchad dĂ©barrassĂ© de certains stĂ©rĂ©otypes et de la division, une nation oĂč les populations se comprendraient mieux et se considĂ©raient en quoi elles se ressemblent. La Renaissance, câest la stabilitĂ©, la paix, la rĂ©conciliation et lâunitĂ© nationales ». OĂč est la place du Borkou et ces fils qualifier, ou est la reconnaissance Monsieur le PrĂ©sident ?
Par ailleurs, Ă chaque fois quâil sâagit dâune manifestation importante, dâune nomination ou dâune prise de dĂ©cision concernant cette rĂ©gion, pourquoi nâaugmentons pas le quota de postes des responsabilitĂ©s pour cette rĂ©gion. On nâa lâimpression que câest un cercle rĂ©duit de deux ou trois cadres qui font des rotations. Pourtant,le Borkou possĂšde des cadres compĂ©tents de hauts niveaux (docteurs, mĂ©decins, ingĂ©nieurs, professeur etc.) qui malheureusement ont Ă©tĂ© oubliĂ© et exclu par la RĂ©publique au dĂ©triment de cette minoritĂ©.
Monsieur le Président,
Parmi toutes les rĂ©gions du pays, les communautĂ©s confondues du Borkou (anakaza, noarma kamadja, doza, arna) sont celles qui sont le plus proche de vous et sont celles qui se sont sacrifiĂ©es pour vous et qui le feront Ă chaque fois quâil sera nĂ©cessaire. Depuis votre avĂšnement au pouvoir, les fils de lâancien B.E.T ce sont sacrifiĂ©s et ont payĂ© un lourd tribut Ă votre cause laissant plusieurs familles endeuillĂ©es, tout cela pour prĂ©server la dĂ©mocratie et la cohĂ©sion nationale. Mais ces efforts nâont jamais Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s, pire ! Câest des inconnus qui influencent votre politique et nĂ©gativement dâailleurs. Jâaillai dire des Lamy-fortin ou NâDjamenois tout court.
Monsieur le Président,
En procĂ©dant de cette maniĂšre, jâutilise le droit quâil mâest accordĂ© en ma qualitĂ© de citoyen de mon pays et de ressortissant du Borkou de vous interpeller lorsque cela est nĂ©cessaire. En faisant cela, je ne fais pas le plaidoyer ou lâĂ©loge de ma rĂ©gion uniquement mais le tableau que je dresse concerne Ă©galement dâautres rĂ©gions du Tchad (nos frĂšres de lâEnnedi Ouest, du Tibesti etc. sont a peu prĂ©s dans la mĂȘme situation). Je souhaite simplement contribuer Ă une prise de conscience de votre part et Ă un changement de politique en ce qui concerne la rĂ©gion martyr du Borkou.Les fils du Borkou mĂ©ritent plus dâattention de votre part et une plus grande place dans la politique nationale du dĂ©veloppement du Tchad.
Enfin en votre qualitĂ© de PrĂ©sident de la RĂ©publique, vous avez la possibilitĂ© et le pouvoir de faire changer les choses et intervenir pour le mieux ĂȘtre des populations du Borkou. Ce cri de cĆur et de dĂ©tresse est un signal dâalarme Monsieur le PrĂ©sident ! Essayez un peu de tourner la page du passĂ© en responsabilisant ou en augmentant les quotas des jeunes qualifiĂ©s et des jeunes diplĂŽmĂ©s soucieux du devenir du Borkou.
Je vous remercie
Saleh Sougoudi Kellemi
Citoyen tchadien
Ressortissant du Borkou