10/05/2026
10 mai 1861
Décès de Mustapha Saheb Ettabaâ مصطفى صاحب الطابع
Mustapha Saheb Ettabaâ مصطفى صاحب الطابع , né en 1784 et mort le 10 mai 1861, fut l’un des hauts dignitaires les plus influents de la régence de Tunis au XIXe siècle. Mamelouk d’origine géorgienne, il incarne le parcours singulier de ces hommes intégrés très jeunes à la cour beylicale et progressivement élevés aux plus hautes fonctions de l’État.
Arrivé enfant en Tunisie , il est offert au bey Hammouda Pacha par l’armateur et fermier général Mahmoud Djellouli, soucieux de renforcer son prestige auprès du souverain.
Acquis sur un marché aux esclaves à Constantinople, il est conduit au palais du Bardo où il reçoit la formation réservée aux jeunes mamelouks, alliant éducation administrative, militaire et protocolaire.
À la mort d’Hammouda Pacha, Mustapha est affranchi selon l’usage. Après une brève période de transition politique marquée par les bouleversements de succession, il entre au service d’Osman Bey, puis s’impose progressivement dans les cercles du pouvoir sous le règne d’Hussein II Bey.
C’est à cette époque qu’il accède à la fonction de garde des sceaux, portant alors le titre de Saheb Ettabaâ, appellation honorifique désignant la charge plutôt qu’un lien familial.
Entre 1835 et 1837, il occupe ce poste stratégique et devient un acteur central de l’administration beylicale. Il participe à des négociations délicates avec le général français Bertrand Clauzel concernant les ambitions françaises en Algérie et les équilibres régionaux autour des beyliks de Constantine et d’Oran. Son influence ne cesse de croître, renforcée par son intégration progressive dans la sphère dynastique.
Son prestige est encore consolidé par son mariage avec la princesse Mahbouba, fille de Moustapha Bey, union qui le rapproche de la famille régnante. Après le décès de celle-ci, il épouse Gulfidan, une ancienne odalisque circassienne. De ces unions naissent trois fils Chedly, Rachid et Ahmed qui adopteront le nom de Saheb Ettabaâ, devenu patronyme familial.
Homme d’État expérimenté, il joue un rôle déterminant sous les règnes successifs, notamment lors de la visite officielle d’Ahmed Ier Bey en France en 1846, ainsi que durant le voyage de Sadok Bey à Alger en 1860.
À cette occasion, il représente la cour tunisienne auprès de Napoléon III et lui remet un exemplaire des réformes juridiques et constitutionnelles auxquelles il a contribué au sein du Grand Conseil, dans un contexte de modernisation progressive de l’État beylical.
Mustapha Saheb Ettabaâ meurt en 1861, après une longue carrière au service du pouvoir beylical.
Ses funérailles sont célébrées selon le protocole réservé aux grandes figures de la cour, et il est inhumé au prestigieux Tourbet El Bey, nécropole des dignitaires de Tunis.
Son parcours illustre à la fois la mobilité sociale possible dans l’institution mamelouke et les transformations politiques de la Tunisie précoloniale, marquées par les premières tentatives de réforme administrative et juridique.
La Tunisie d'antan groupe