30/12/2025
Le silence est sa force, mais aussi son pire ennemi...
Pourquoi les chats cachent leur souffrance ?
Combien de chats arrivent trop t**d chez le vétérinaire ? C’est une phrase que l’on entend malheureusement trop souvent. Le diagnostic tombe, lourd, sévère, et le propriétaire tombe des nues : "Pourtant, il mangeait encore hier", "Il ne se plaignait pas", "Il avait l'air normal".
L'explication est pourtant d'une simplicité désarmante, mais nous avons tendance à l'oublier parce que nous humanisons nos compagnons : un chat reste un animal guidé par des instincts de survie puissants.
L'instinct avant tout et même nourri aux croquettes premium, même choyé au chaud sur un canapé moelleux, votre chat garde en lui l'héritage de ses ancêtres sauvages. Dans la nature, le chat a un double statut : il est prédateur, mais il est aussi une proie pour plus gros que lui.
Et le moindre signe de faiblesse pourrait être fatal. Montrer la moindre faiblesse ou que l'on a mal, que l'on boite ou que l'on est fatigué, c'est s'exposer à un adversaire ou devenir une cible. Alors, le chat prend sur lui. Il fait "bonne figure". Il continue sa routine apparente, même si chaque mouvement lui coûte.
Le chat ne se contente pas d'ignorer la douleur, il la masque activement. Toute son énergie vitale, qui devrait servir à guérir ou à maintenir son système immunitaire, est détournée vers un seul but : la dissimulation.
Il porte un "masque" de normalité. Il fera l'effort de sauter sur l'arbre à chat, même si ses articulations hurlent. Il mangera un peu, pour ne pas alerter la colonie (ou sa famille humaine). Car même les copains chats pourraient remettre son statut en cause. Les gazelles sacrifient celle qui boîte aux prédateurs, les chats sont pareils !
C'est pourquoi, lorsque nous, humains, nous apercevons enfin que "quelque chose ne va pas", la réalité est souvent bien plus sombre. Si les symptômes deviennent visibles, c'est que le chat n'a plus aucune force pour les cacher. Il a épuisé ses réserves. Le "masque" tombe parce qu'il s'effondre derrière. Bien souvent, cela signifie que la maladie progresse silencieusement depuis des semaines, voire des mois.
En tant que comportementaliste du chat, mon rôle est souvent d'apprendre aux propriétaires à voir ce qui est invisible pour un œil non averti.
Si le chat ne verbalise pas sa douleur, il l'exprime par des micro-changements. Voici les signes physiques et comportementaux qui peuvent vous servir:
Il existe une expression faciale typique du chat qui souffre, souvent subtile mais reconnaissable :
Les oreilles ne sont plus droites et alertes, mais légèrement tournées vers l'extérieur ou aplaties sur le côté. Le regard est moins ouvert. Les yeux sont mi-clos, comme si le chat était fatigué en permanence, ou le regard semble "vitreux" et lointain. Les moustaches peuvent être tirées vers l'avant (tension) ou plaquées vers l'arrière, au lieu d'être détendues en éventail.
Un chat détendu s'étire ou se roule en boule de manière souple. Un chat qui souffre (notamment de douleurs abdominales ou articulaires) adoptera souvent la position dite de la "poule" ou du "sphynx compact".
Il a les pattes rentrées sous lui et le dos est légèrement voûté, la tête rentrée dans les épaules. Il est aussi difficile de relâcher ses muscles pour dormir profondément.
Au niveau des habitudes un chat très présent qui commence à dormir dans une autre pièce ou sous un meuble cherche à se protéger.
Et s'il ne monte plus autant sur son perchoir habituel c'est souvent parce qu'il souffre d'arthrose ou de douleurs dorsales. Il "calcule" ses sauts ou hésite avant de monter.
Avoir le poil gras, ou des zones dépilées par léchage excessif sont des indicateurs de stress.
La malpropreté soudaine n'est jamais de la vengeance. Un chat qui fait hors de sa litière associe souvent celle-ci à une douleur (urinaire ou difficulté physique à enjamber le bac).
Ne blâmez pas votre chat de ne rien vous avoir fait voir, et ne culpabilisez pas de ne rien avoir vu. Il a simplement suivi sa nature de félin : rester fort face à l'adversité.
Cependant, gardez à l'esprit que le moindre changement dans la routine ou l'expression de votre compagnon doit vous alerter. Chez le chat, une baisse de régime n'est jamais anodine. Apprendre à observer ces signaux subtils, c'est souvent gagner ce temps précieux qui manque tant lorsqu'il arrive "trop t**d".
Marie-Hélène Bonnet
Comportementaliste du chat depuis 2001
www.comportement-chat.fr