22/12/2025
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🧠 Et si une grande partie du “re**rd” diagnostique du TDAH chez les femmes n’était pas seulement un problème d’accès aux soins mais un problème de modèle ?
Pourquoi tant de filles passent “sous le radar” pendant l’enfance, puis réapparaissent à l’âge adulte, parfois après des années de consultations pour anxiété, dépression, conduites alimentaires, auto-agressivité ou substances ?
Et pourquoi certains moments de vie semblent faire “monter le volume” des symptômes, comme si le même fonctionnement cognitif changeait selon la période ?
🧩 Vous avez des critères diagnostiques construits historiquement à partir de manifestations très visibles, relativement stables, et peu sensibles aux contextes développementaux. Vous les appliquez ensuite à des trajectoires féminines marquées par davantage d’internalisation, de stratégies de compensation, de conformité sociale et par des transitions biologiques majeures.
Que mesure-t-on alors vraiment ?
Le trouble lui-même, ou seulement ce qui déborde suffisamment pour devenir visible dans ce cadre précis ?
Et que se passe-t-il quand la charge cognitive, émotionnelle ou hormonale augmente brutalement, non pas parce que le trouble “apparaît”, mais parce que les capacités de compensation atteignent leurs limites ?
🧠 Imaginez que le TDAH ne soit pas un état discret (“présent / absent”), mais un ensemble de processus cognitifs relativement stables, dont l’expression dépend fortement :
▪ du niveau de demande environnementale,
▪ des ressources disponibles pour compenser,
▪ et de modulateurs biologiques qui ne sont ni constants ni synchrones (cycle, grossesse, (péri)ménopause).
Dans ce cadre, une variabilité des symptômes est une information centrale. Et pourtant, c’est précisément cette variabilité qui entre le moins bien dans nos outils actuels.
🔍 C’est ce que met en perspective cette r***e intégrative récente :
10 études primaires (qualitatives, cohortes populationnelles, approches mixtes) + 1 recommandation clinique, publiées entre janvier 2023 et avril 2025, organisées par grandes étapes de vie (enfance/adolescence, âge adulte, périnatalité, (péri)ménopause).
🔎 Les résultats :
🔹 Sur le re**rd diagnostique et ses conséquences
⚫ Dans une vaste cohorte populationnelle suédoise (85 330 personnes avec TDAH, dont 37 591 femmes, comparées à 426 626 contrôles), les femmes reçoivent leur diagnostic environ 4 ans plus t**d que les hommes. Elles présentent aussi davantage de diagnostics psychiatriques et de prescriptions psychotropes avant et après le diagnostic de TDAH (p < .001). Autrement dit, la souffrance est bien là mais elle est lue et traitée sous d’autres étiquettes pendant des années.
◼️ Les études qualitatives incluses décrivent des parcours marqués par des contacts précoces avec le système de soins, mais un diagnostic de TDAH t**dif, souvent précédé de diagnostics d’anxiété ou de dépression, avec un impact durable sur l’estime de soi et les trajectoires de vie.
🔹 Sur la dimension dynamique des symptômes
⚫ Plusieurs travaux rapportent des fluctuations symptomatiques au cours du cycle menstruel, avec une aggravation fréquemment décrite en phase mi-lutéale. Les participantes rapportent un bénéfice global des traitements stimulants, mais une efficacité perçue comme variable selon le moment du cycle et une difficulté à faire reconnaître cette variabilité dans les échanges cliniques.
◼️ Une petite étude néerlandaise exploratoire (9 femmes, dont 6 avec trouble dysphorique prémenstruel) rapporte qu’une augmentation personnalisée de la dose de stimulant 3 à 10 jours avant les règles est associée à une amélioration des symptômes TDAH et émotionnels (irritabilité, labilité, anxiété), avec un suivi allant jusqu’à 24 mois. Les auteurs insistent toutefois sur le caractère exploratoire de ces données (effectif réduit, absence de groupe contrôle).
🔹 Sur TDAH, contraception hormonale et dépression
⚫ Dans une cohorte suédoise incluant 763 146 jeunes femmes sans TDAH et 29 767 avec TDAH, le risque de dépression est environ trois fois plus élevé chez les femmes avec TDAH, indépendamment de l’usage d’une contraception hormonale. Certaines associations entre TDAH et contraceptifs oraux (combinés ou progestatifs seuls) sont statistiquement significatives, alors que d’autres méthodes ne montrent pas le même signal. L’enjeu clinique n’est pas de conclure à une causalité simple, mais d’intégrer le TDAH dans l’évaluation des tableaux dépressifs chez les jeunes femmes.
🔹 Sur la période périnatale
⚫ Une étude américaine portant sur plus de 9 millions de naissances identifie environ 10 000 femmes avec TDAH. Après ajustements, le TDAH est associé à une augmentation de plusieurs complications obstétricales (troubles hypertensifs, césarienne, infections) et de certains risques néonataux. Les auteurs soulignent cependant des limites majeures : absence de données sur les traitements, l’alcool, ou les comorbidités pendant la grossesse.
◼️ Une seconde étude, basée sur près de 17 millions d’accouchements, rapporte une augmentation de 39,4 % du taux de diagnostic de TDAH sur la période étudiée et des associations modestes mais significatives avec certains événements maternels et néonataux.
🧠 Ce qui se dessine, ce n’est donc pas un TDAH “différent” chez les femmes, mais un trouble dont l’expression est plus dépendante du contexte, du moment de vie et des exigences cumulées. Un trouble que nos outils diagnostiques conçus pour capter des formes plus stables et plus visibles peinent encore à saisir dans cette complexité.
🏗️ Si vous mesurez un phénomène dynamique avec un outil statique, vous risquez de conclure qu’il est intermittent, atypique, ou secondaire alors que c’est précisément sa variabilité qui constitue une partie de sa signature clinique.
🌱 Sur le plan pratique, la r***e souligne un point transversal : après le diagnostic, les options proposées restent souvent limitées à la médication, malgré des besoins clairement identifiés en psychoéducation, psychothérapie, accompagnement des trajectoires de vie et du vécu du diagnostic t**dif. Elle rappelle aussi qu’une proportion non négligeable d’adultes suivis pour anxiété ou dépression récurrentes pourrait en réalité présenter un TDAH non identifié, renforçant l’intérêt d’un dépistage plus systématique.
🔎 Limites :
Il s’agit d’une r***e intégrative globalement solide sur le plan processuel (question structurée, recherche multi-bases, PRISMA/Covidence, évaluation MMAT et AGREE II), et cliniquement pertinente par son organisation par étapes de vie. Mais la force des conclusions reste modérée : le corpus est restreint (10 études primaires), hétérogène, majoritairement observationnel et qualitatif, avec peu de données interventionnelles. Les auteurs soulignent eux-mêmes des biais potentiels de représentativité et de temporalité ; on peut aussi noter des limites liées à la stratégie de recherche (langue, bases utilisées, risques de biais de publication) et à la difficulté de transformer des signaux exploratoires en recommandations fermes.
Autrement dit, c'est une excellente cartographie des enjeux actuels, davantage qu’un arbitrage définitif sur les causalités ou les “bonnes pratiques”.
🧠 Qu’est-ce qui change dans notre compréhension du TDAH quand on accepte de le penser comme un ensemble de processus sensibles au contexte et aux transitions de vie, plutôt que comme un état fixe à cocher une fois pour toutes ?
Pour les cliniciens qui, comme moi, accompagnent des femmes avec TDAH cette approche processuelle et contextuelle s'impose comme une évidence.
SOURCE :
Krebs, K., & Donnellan-Fernandez, R. (2025). Integrative literature review - the impact of ADHD across women's lifespan. BMC women's health, 25(1), 593. https://doi.org/10.1186/s12905-025-04123-1